Un garage bruxellois, un samedi après-midi. Le mécanicien sort une clé à molette, hésite, puis la repose. « Je l’ai commandée il y a trois semaines. Toujours pas arrivée. » Le client ? Propriétaire d’une BYD Atto 3. « On me dit que c’est un problème de stock. En fait, c’est un problème de modèle. » La pièce en question ? Un capteur de frein. Basique. Indisponible. Comme 47 autres références pour ce modèle, selon les données internes du concessionnaire. « Aux Pays-Bas, ils ont déjà arrêté d’assurer certains modèles chinois. Ici, on y pense sérieusement. » Pas de panique, rassure-t-il. « Pour l’instant. »* «Mais ça va venir.» Il ne le dit pas, il le sait. Parce que les assureurs belges ont déjà les yeux sur les Pays-Bas. Et sur les chiffres qui font mal : 12 modèles chinois refusés par les compagnies néerlandaises en 2023, selon les données de l’Autoriteit Financiële Markten (AFM). Parmi eux, des BYD, des MG, des Chery. Des voitures vendues à prix cassés, mais dont les pièces détachées deviennent des mirages. Le marché belge n’est pas loin derrière. Et la question n’est plus si certains modèles seront refusés, mais quand.** «Rien n’empêche un assureur de refuser un modèle s’il estime que le risque est trop élevé.» C’est ce qu’a rappelé le SPF Économie dans une réponse écrite à nos questions. Traduction : si une voiture est trop chère à réparer, trop longue à immobiliser en atelier, ou si les pièces mettent six mois à arriver, l’assureur peut dire « non merci ». Sans justification publique. Sans débat. Juste une décision, prise dans un bureau, qui change la vie des propriétaires.** Le vrai problème ? Personne ne mesure l’ampleur du désastre. Aux Pays-Bas, les assureurs ont commencé à exclure des modèles dès 2022. Résultat : les propriétaires se retrouvent avec une voiture non assurée, ou doivent payer des primes exorbitantes. « Certains modèles voient leur prime augmenter de 30 à 50 % en six mois », confirme un courtier d’Amsterdam. En Belgique, on en est encore aux avertissements. « Nous surveillons la situation de près », lâche un porte-parole d’AG Insurance, l’un des géants du secteur. « De près ». Pas « on agit ». Pas « on régule ». Juste « on regarde ». Comme si le marché allait se réguler tout seul.** Pourtant, les signes sont là. Prenez MG Motor Belgium. En 2023, la marque a écoulé 7 200 véhicules en Belgique, selon ses propres chiffres. Un succès. Mais aujourd’hui, ses concessionnaires peinent à trouver des pièces pour les modèles les plus anciens. « On a des clients qui attendent depuis quatre mois pour un alternateur sur une MG4 », témoigne un garagiste de Liège. Quatre mois. Quatre mois sans voiture. Quatre mois à payer une location de remplacement. Quatre mois à s’interroger : « Est-ce que mon assurance va encore couvrir ça ? » Le pire ? Les constructeurs chinois ne jouent pas le jeu. BYD, Chery, Geely… Tous promettent des réseaux de pièces détachées « optimisés ». Tous mentent. « Les stocks sont gérés depuis la Chine, et les délais d’approvisionnement explosent », explique un responsable logistique sous couvert d’anonymat. « Les assureurs le savent. Mais ils n’ont pas envie d’être les premiers à crier au loup. » Pourquoi ? Parce que le lobby des constructeurs est puissant. Parce que les politiques préfèrent fermer les yeux plutôt que d’admettre que la Belgique achète des voitures à prix d’appel… pour se retrouver avec des épaves à réparer. Parce que personne ne veut assumer la responsabilité de dire « stop ».** Alors, que se passe-t-il quand un modèle est refusé ? Officiellement, rien. Officieusement, tout. Le propriétaire peut : 1. Trouver un assureur prêt à prendre le risque (de plus en plus rare). 2. Payer une prime astronomique (parce que le risque est considéré comme élevé). 3. Vendre la voiture en urgence (et prendre une perte). 4. Rester sans assurance (illégal, mais certains osent). Le scénario le plus probable ? Une combinaison des trois premiers. Et c’est là que ça devient intéressant. Parce que les assureurs belges commencent à segmenter les risques. « Nous avons déjà des cas où des modèles chinois sont exclus des contrats standard », admet un responsable d’Ethias. « Pas encore officiellement, mais dans les faits, oui. » Traduction : si vous achetez une BYD ou une MG, préparez-vous à payer plus cher. Beaucoup plus cher.** Mais qui va payer la note ? Vous. Le consommateur. Celui qui a cru faire une bonne affaire en achetant une voiture à 15 000 € au lieu de 20 000 €. Celui qui se retrouve maintenant avec une voiture qui coûte 30 % plus cher à assurer, ou qui ne trouve plus de pièces. Le marché des assurances est un marché de dupes. Les assureurs refusent les modèles à risque. Les constructeurs mentent sur la disponibilité des pièces. Les politiques regardent ailleurs. Et vous, vous restez avec la voiture… et les factures.** Ce qui va changer ? Rien, pour l’instant. Les Pays-Bas ont mis deux ans à réagir. La Belgique mettra peut-être trois ans. D’ici là, des milliers de propriétaires de voitures chinoises vont découvrir que leur « bonne affaire » cache un piège : une voiture non assurable, ou assurable à prix d’or. Le vrai scandale ? Personne ne vous préviendra à temps. Parce que les concessionnaires n’ont pas intérêt à vous dire que votre voiture pourrait devenir une épave. Parce que les assureurs n’ont pas intérêt à affoler les clients. Parce que les médias préfèrent parler des prix bas plutôt que des risques cachés.** Alors, que faire si vous avez déjà acheté une voiture chinoise ? 1. Vérifiez votre contrat d’assurance : certains modèles sont déjà exclus, même si ce n’est pas écrit noir sur blanc. 2. Demandez à votre assureur s’il couvre les pièces détachées : si la réponse est floue, changez d’assureur. 3. Évitez les modèles récents des marques chinoises : plus une voiture est neuve, plus les pièces sont rares. 4. Préparez un budget « pièce détachée d’urgence » : parce que quand votre voiture tombera en panne, ce ne sera pas pour un clignotant.** Le dernier mot ? La Belgique va suivre les Pays-Bas. Pas par choix, mais par contrainte. Parce que les assureurs ne peuvent pas ignigner l’évidence : certaines voitures chinoises ne sont plus rentables à assurer. Et quand une voiture n’est plus rentable à assurer, elle n’existe plus. Point.** Ce qui se joue ici ? Une question simple : qui va payer l’addition ? Vous. Toujours vous. Parce que personne d’autre ne veut assumer les conséquences de ses choix.**