Pourquoi Riyad joue la carte de l’ambiguïté
Le Yémen, c’est l’évidence. Depuis 2015, les Houthis, soutenus par l’Iran, bombardent régulièrement l’Arabie saoudite. Mais cette fois, Riyad ne veut pas jouer la carte du c’est eux. Pourquoi ? Parce que l’Iran, lui, assume tout. Et que pointer du doigt les Houthis, c’est aussi s’exposer à des représailles indirectes, via Téhéran. L’Arabie saoudite a besoin d’alliés, pas d’un ennemi qui unifie le monde chiite contre elle.
En 2019, l’attaque contre les installations pétrolières d’Abqaïq avait été attribuée aux Houthis, mais tout le monde savait que l’Iran était derrière. Résultat ? Les États-Unis avaient envoyé des troupes en renfort, et Trump avait menacé de frapper l’Iran. Aujourd’hui, Riyad évite le piège. Si les missiles viennent bien du Yémen, les Saoudiens préfèrent laisser planer le doute. Parce que si l’Iran est dans le coup, ils ne veulent pas donner à Washington une raison de s’engager encore plus.
Et puis, il y a cette petite question : qui a intérêt à ce que la tension monte, sans que ce soit trop clair ?
L’escalade silencieuse d’un conflit gelé
Depuis 2022, les Houthis ont intensifié leurs frappes. Pas seulement contre l’Arabie saoudite, mais contre des navires dans le détroit d’Ormuz, contre des bases américaines. Leur arsenal s’améliore, et leurs cibles aussi. En mars dernier, un drone avait frôlé le palais royal de Riyad. Cette fois, c’est la capitale qui est visée. Est-ce un accident ? Une provocation ? Ou le début d’une stratégie plus large ?
Le problème, c’est que personne ne veut d’une guerre ouverte. Les Saoudiens ont déjà assez de problèmes : crise économique, mécontentement interne, guerre au Yémen qui s’éternise. Et les États-Unis ? Biden a déjà assez de dossiers chauds sans relancer un conflit au Moyen-Orient. Donc tout le monde fait semblant de ne pas voir.
Sauf que les missiles, eux, ne mentent pas. Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), les Houthis ont tiré plus de 1 200 missiles et drones depuis 2018. Et leur précision s’améliore. Si Riyad ne réagit pas, c’est qu’elle sait qu’une riposte massive déclencherait un bain de sang.
L’Iran dans l’ombre, toujours
Officiellement, Téhéran nie tout. Mais tout le monde sait que sans l’Iran, les Houthis n’auraient pas ces capacités. Les missiles de croisière interceptés ? Modèle chinois, livrés via l’Iran. Les drones ? Fabriqués au Yémen, mais avec des pièces iraniennes.
Pourtant, Riyad ne veut pas d’une confrontation directe avec Téhéran. Parce que l’Iran a des alliés partout : au Liban, en Irak, en Syrie. Une guerre avec l’Iran, ce serait un embrasement régional. Et l’Arabie saoudite n’est pas prête à payer ce prix.
Alors, que fait-elle ? Elle frappe en douce. En janvier, des raids saoudiens avaient visé des positions houthis au Yémen. Mais sans jamais reconnaître leur implication. Comme si le but était de faire monter la pression sans assumer.
Ce que ça change (ou pas) pour le Yémen
Au Yémen, personne ne s’en soucie vraiment. Le pays est en ruines, avec 80 % de la population dépendante de l’aide humanitaire (source : ONU, rapport 2023). Les frappes saoudiennes tuent des civils, les missiles houthis aussi.
Le vrai problème, c’est que personne ne gagne. Les Houthis contrôlent le nord, le gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite tient le sud, mais le pays est divisé. Et les Saoudiens savent qu’ils ne sortiront pas gagnants d’une guerre prolongée.
Alors, à quoi bon ces attaques ? À rappeler au monde que l’Arabie saoudite est toujours une cible. Et que l’Iran reste une menace latente.
La vraie question : et après ?
Si Riyad ne riposte pas, les Houthis vont continuer. Si elle riposte, l’Iran pourrait monter d’un cran. Et si les États-Unis s’en mêlent, on risque un nouveau chaos au Moyen-Orient.
Le pire, c’est que personne n’a intérêt à une solution.
L’Arabie saoudite a besoin de stabilité pour ses projets économiques. L’Iran veut garder la main sur ses proxys. Les Houthis veulent survivre. Et les civils ? Ils paient toujours.
Alors, que faire ? Rien. Parce que personne ne veut vraiment régler le problème.
La prochaine fois, ce ne sera peut-être plus Ryad qui sera visée. Mais une base américaine. Ou un pétrolier dans le golfe. Et là, personne ne pourra plus faire semblant de ne pas voir.