Le jeu arrive sans bruit, comme un malus déguisé en bonus
Amazon Prime, c’est 12,99 € par mois pour des livraisons express, des films en streaming et… depuis octobre, Star Wars Galactic Racer. Un jeu de course futuriste qui débarque sur Amazon Luna, la plateforme de cloud gaming du géant, sans que personne n’ait vraiment crié à la révolution. Pourtant, c’est un signe. Un signe que le catalogue Luna, déjà chétif, tente désespérément de justifier son existence. Et que la guerre des abonnements, elle, ne fait que commencer.
Star Wars Galactic Racer, c’est le genre de jeu qu’on aurait pu attendre d’un service premium il y a cinq ans. Assez simple pour plaire aux casuels, assez stylisé pour attirer les fans de la saga. Sauf que personne ne l’a réclamé. Il tombe du ciel, comme un cadeau empoisonné : gratuit pour les abonnés Prime, mais disponible ailleurs depuis des mois. Sur PC, sur console, même sur mobile. Amazon ne le développe pas, ne le finance pas, Respawn Entertainment, studio derrière Titanfall, s’en est chargé. Alors pourquoi l’offrir maintenant ?
Le catalogue Luna, un trou noir où même Star Wars disparaît
Luna, la plateforme de cloud gaming d’Amazon, c’est l’histoire d’un échec annoncé. Lancée en 2020 avec des promesses de jeux exclusifs et d’un hardware dédié, elle a fini par ressembler à un service de streaming vidéo raté. Les jeux manquent. Les exclusivités ? Une blague. Star Wars Galactic Racer n’est même pas une exclusivité, c’est une aumône. Une façon de dire : « On n’a rien d’autre à vous proposer, alors prenez ça. »
Pourtant, Amazon mise sur Prime. Le service compte 200 millions d’abonnés dans le monde (chiffre Amazon Q2 2023). Et si seulement une infime partie d’entre eux jouent à ce jeu, ça peut suffire à justifier son inclusion. Mais à quel prix ? Le jeu est déjà disponible ailleurs, souvent moins cher. Alors pourquoi lier son sort à Prime ?
La réponse, c’est simple : Amazon n’a plus les moyens de développer ses propres jeux. Après avoir brûlé des centaines de millions sur des studios comme Double Fine (créateurs de Psychonauts), puis abandonné ses ambitions avec Amazon Games, le géant se rabattit sur des licences. Star Wars, The Lord of the Rings, Starfield… Des franchises qui coûtent cher, mais qui rapportent. Sauf que là, c’est Prime qui paie la note. Pas un achat direct, non, un abonnement qui inclut un jeu dont personne ne parle.
Derrière le cadeau, une stratégie de rétention
Amazon ne donne pas Galactic Racer par altruisme. C’est une arme. Une façon de garder les abonnés Prime accrochés, ne serait-ce que pour un mois. Parce que si vous ne l’avez pas encore essayé, vous allez peut-être craquer. Et si vous l’avez déjà joué ailleurs, ben… au moins vous aurez quelque chose à faire pendant votre abonnement.
Le problème, c’est que ça ne marche pas. Les jeux gratuits inclus dans les abonnements, ça a toujours été un flop. Regardez Netflix : après avoir tenté de séduire avec des jeux (Stranger Things, The Witcher), ils ont abandonné. Disney+ a fait de même. Parce que les utilisateurs ne veulent pas payer pour des services qui leur donnent des miettes.
Amazon, lui, s’entête. Peut-être parce qu’il n’a pas le choix. Son catalogue Luna est si pauvre que même un jeu Star Wars ne suffit pas à sauver la mise. En 2022, seulement 1 % des abonnés Prime ont joué à un jeu Luna (source : rapport SuperData cité par Bloomberg). Un chiffre qui en dit long.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Pour vous, abonné Prime, ça ne change rien. Sauf si vous êtes un fan inconditionnel de Star Wars et que vous n’avez jamais joué à ce jeu. Dans ce cas, vous venez de gagner… une demi-heure de divertissement. Pas de quoi justifier les 12,99 € par mois.
Pour Amazon, c’est différent. C’est une façon de tester le terrain. Si les joueurs réagissent bien à Galactic Racer, peut-être qu’ils accepteront d’autres jeux inclus dans Prime. Peut-être même des jeux payants, masqués en « avantage abonnement ». Une stratégie qui rappelle ce que Netflix a tenté avec ses jeux, et qui a échoué.
Le vrai problème, c’est que Amazon ne joue pas dans la même ligue que les autres. Sony a PlayStation Plus, Microsoft a Xbox Game Pass, Google a Stadia. Eux, ils misent sur du volume, des exclusivités, des prix agressifs. Amazon, lui, se contente de ramasser les miettes des licences. Et ça, ça ne marche pas.
Le piège de la surabondance
Prime, c’est devenu un abonnement à tout. Livraisons, musique, films, jeux… À force d’ajouter des services sans valeur réelle, Amazon dilue son offre. Galactic Racer en est l’exemple parfait : un jeu correct, mais pas assez pour justifier son inclusion. Pourtant, le groupe continue. Parce qu’il peut se le permettre. Parce que les 200 millions d’abonnés, ça fait des revenus. Même si la plupart ne touchent jamais aux jeux.
Le jour où Prime coûtera 20 € par mois avec trois jeux gratuits et un catalogue Luna toujours aussi vide, les abonnés vont commencer à poser des questions. En attendant, Amazon sourit. Parce que pour l’instant, personne ne bronche.
Ce qui se joue vraiment, c’est la guerre des abonnements
Derrière Star Wars Galactic Racer, il y a une bataille plus large. Celle des géants du numérique qui veulent que vous payiez pour tout. Netflix pour les films, Spotify pour la musique, Amazon pour les jeux. Le problème, c’est que vous, vous ne voulez pas payer trois fois. Vous voulez un seul abonnement. Un seul service qui vous donne tout.
Amazon essaie de faire ça avec Prime. Mais pour l’instant, c’est un échec. Parce que Galactic Racer ne suffit pas. Parce que Luna ne suffit pas. Parce que personne ne veut payer pour un service qui ne lui donne rien.
La vraie question, c’est : jusqu’à quand Amazon va-t-il continuer à jeter des jeux gratuits aux abonnés Prime en espérant qu’ils mordent ?
La réponse, elle, est dans les chiffres. Et les chiffres, ils sont sans appel : seulement 1 % des abonnés jouent à Luna. Le reste scroll sur Prime Video ou commande des livres. Parce que les jeux, eux, ne les intéressent pas.
Alors oui, Star Wars Galactic Racer est disponible gratuitement pour les abonnés Prime. Mais ça ne change rien. Sauf si vous êtes prêt à accepter que votre abonnement soit un leurre. Une promesse vide, où même Star Wars ne suffit pas à sauver l’honneur.