L'Algérie engage 22 milliards d'euros pour accélérer sa transition énergétique

Le programme national vise 15 000 mégawatts d'ici 2035, mais son financement et ses impacts économiques divisent. Qui en profitera ? À quel prix pour les consommateurs ?

Publié le 28 octobre 2026 à 16:09
L'Algérie engage 22 milliards d'euros pour accélérer sa transition énergétique

Comment cette transition énergétique affectera-t-elle les factures des ménages algériens ?

L’annonce d’un investissement de 22 milliards d’euros dans les énergies renouvelables par l’État algérien soulève une question immédiate : celle de la redevance pour les citoyens. À ce stade, aucune précision n’est donnée sur le mode de financement. Les projets similaires dans d’autres pays, comme le Maroc avec son plan Noor ou l’Espagne avec ses parcs solaires, ont souvent reposé sur des subventions publiques, des partenariats public-privé (PPP) ou des tarifs d’achat garantis pour les producteurs. En Algérie, où le secteur énergétique reste largement contrôlé par Sonatrach, une partie des fonds pourrait provenir des réserves de la compagnie nationale, déjà mobilisées pour des projets d’hydrocarbures. Cependant, sans mécanisme de péréquation ou de compensation, les surcoûts pourraient être répercutés sur les tarifs de l’électricité, déjà subventionnés pour une partie de la population.

Les ménages algériens, habitués à des prix parmi les plus bas d’Afrique grâce aux subventions, pourraient voir leur facture augmenter progressivement. À ce jour, aucune annonce officielle ne précise si les recettes des énergies renouvelables seront intégrées au budget général ou affectées à un fonds dédié.

Quels secteurs économiques seront les premiers bénéficiaires ?

Le programme algérien cible une capacité de 15 000 mégawatts d’ici 2035, soit près du double de la production actuelle des énergies renouvelables dans le pays. Les secteurs les plus directement concernés sont l’industrie lourde, notamment la sidérurgie et la chimie, ainsi que les zones rurales, où l’accès à l’électricité reste inégal. Les régions du sud, comme Béchar ou Adrar, pourraient voir leur développement accéléré grâce à des centrales solaires, réduisant leur dépendance aux groupes électrogènes diesel, coûteux et polluants.

Cependant, les bénéfices ne seront pas uniformes. Les grandes entreprises, déjà raccordées au réseau national, pourraient négocier des contrats avantageux avec les nouveaux producteurs d’électricité verte, comme cela s’est observé au Chili ou en Australie. À l’inverse, les petites et moyennes entreprises (PME), souvent exclues des mécanismes de subvention, pourraient subir une hausse des coûts si les tarifs industriels suivent ceux des ménages. Le gouvernement devra arbitrer entre équité sociale et attractivité économique, un dilemme classique dans les transitions énergétiques.

Comment ce plan s’inscrit-il dans la stratégie énergétique algérienne ?

L’Algérie, premier producteur de gaz d’Afrique, mise depuis plusieurs années sur la diversification de son mix énergétique pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures, dont les revenus représentent encore 90 % des exportations. Le programme actuel s’inscrit dans la continuité des initiatives lancées après le choc pétrolier de 2014, qui avait révélé la vulnérabilité économique du pays face à la volatilité des prix de l’énergie.

Néanmoins, le retard accumulé dans les appels d’offres et les délais de construction pose question. Les critiques soulignent aussi l’absence d’une stratégie claire pour intégrer ces nouvelles capacités dans un réseau vieillissant, conçu pour un système centralisé basé sur le gaz. Sans modernisation des infrastructures de transport et de distribution, le risque de gaspillage énergétique et de surcoûts techniques persiste.

Quels risques pour la stabilité du réseau électrique algérien ?

L’un des défis majeurs des énergies renouvelables réside dans leur intermittence : le solaire et l’éolien dépendent des conditions météo, ce qui nécessite des solutions de stockage ou des systèmes de backup. En Algérie, où les pics de consommation surviennent souvent en été, période de forte demande en climatisation, l’intégration massive de ces énergies imposera des investissements supplémentaires dans des batteries ou des centrales de secours. À ce jour, aucun projet de stockage à grande échelle n’a été annoncé, alors que des pays comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis misent déjà sur des technologies de pointe pour palier ce problème.

Par ailleurs, la question de la main-d’œuvre qualifiée se pose. Le secteur des énergies renouvelables en Algérie reste embryonnaire, avec peu de formations spécialisées disponibles. Les entreprises étrangères, souvent sollicitées pour ces projets, pourraient emporter une part significative des retombées économiques, comme cela a été observé dans d’autres pays africains. Sans politique volontariste de transfert de compétences, le risque est de voir les bénéfices s’échapper du territoire.

Les énergies renouvelables suffiront-elles à compenser le déclin des hydrocarbures ?

Dans ce contexte, les énergies renouvelables pourraient-elles combler le déficit ?

Cela permettrait de réduire la dépendance au gaz pour la production d’électricité, mais ne suffirait pas à compenser la baisse des exportations. Les scénarios les plus optimistes tablent sur une diversification vers d’autres secteurs, comme l’hydrogène vert ou les biocarburants, mais ces filières en sont encore au stade expérimental. Sans découverte de nouveaux gisements ou développement rapide de ces alternatives, l’Algérie devra compter sur des partenariats internationaux pour maintenir ses revenus énergétiques.

Un consensus sur les objectifs, des désaccords sur les moyens

Les acteurs du secteur s’accordent sur la nécessité de la transition énergétique pour sécuriser l’avenir économique du pays. Les énergies renouvelables sont présentées comme une opportunité de créer des emplois locaux, de réduire la pollution et de préparer le terrain pour une économie post-pétrole. Les opposants, en revanche, pointent du doigt l’absence de calendrier détaillé et de mécanismes de financement transparents. Certains économistes estiment que 22 milliards d’euros pourraient être insuffisants sans mobilisation de capitaux privés, tandis que les écologistes soulignent le manque d’ambition dans la réduction des émissions de CO₂, limitées aux secteurs électriques.

Le vrai débat porte sur la gouvernance du projet. Faut-il privilégier des partenariats avec des groupes internationaux, comme TotalEnergies ou Masdar, pour garantir la rapidité d’exécution, ou miser sur des acteurs locaux, au risque de retarder le déploiement ? Les choix faits dans les prochains mois détermineront si cette transition sera un levier de croissance ou une source de nouvelles inégalités.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie