300 mégawatts de solaire en Algérie, deuxième plus grande centrale d'Afrique

L'Algérie a mis en service une centrale photovoltaïque de 300 MW dans la wilaya d'El Oued, renforçant sa transition énergétique. Ce projet, le deuxième de cette envergure sur le continent, soulève des questions sur son intégration dans le mix électrique national et son impact économique. Les détails sur son financement et ses retombées locales restent à préciser.

Publié le 27 octobre 2026 à 08:03
300 mégawatts de solaire en Algérie, deuxième plus grande centrale d'Afrique

Une décision prise par l'État algérien, sans consultation publique connue

La mise en service de la centrale solaire d'El Foulia, d'une capacité de 300 mégawatts, relève d'une décision unilatérale des autorités algériennes. Aucun texte de loi ou décret n'a été rendu public pour encadrer sa réalisation ou son exploitation. Selon les règles en vigueur en Algérie, les grands projets énergétiques relèvent du ministère de l'Énergie et des Énergies renouvelables, qui définit les priorités d'investissement sans obligation de concertation préalable avec les collectivités locales ou les citoyens.

Un projet technique ambitieux, mais dont l'intégration reste incertaine

Avec ses 300 MW, la centrale d'El Foulia se classe comme la deuxième plus grande installation solaire photovoltaïque d'Afrique, derrière la centrale de Noor Ouarzazate au Maroc (580 MW). Sa localisation dans la wilaya d'El Oued, une région désertique au fort ensoleillement, en fait un choix stratégique pour maximiser la production d'électricité. Les centrales solaires fonctionnent selon un principe simple : des panneaux photovoltaïques convertissent la lumière du soleil en électricité, qui est ensuite injectée dans le réseau national.

Cependant, l'intégration de cette nouvelle capacité dans le mix énergétique algérien pose question. Le pays reste fortement dépendant des énergies fossiles, notamment le gaz, qui représente plus de 90 % de sa production d'électricité. L'ajout de 300 MW de solaire, soit environ 3 % de la demande nationale actuelle, ne suffira pas à réduire cette dépendance à court terme. Par ailleurs, l'intermittence de la production solaire, nulle la nuit et réduite par temps nuageux, nécessite des solutions de stockage ou des ajustements dans la gestion du réseau, dont les détails techniques ne sont pas divulgués.

Les arguments en faveur d'une accélération des énergies renouvelables

Les partisans des énergies renouvelables en Algérie avancent plusieurs arguments pour justifier ce type de projet. D'abord, la réduction de la dépendance aux hydrocarbures, une priorité pour diversifier l'économie nationale et atténuer la volatilité des prix sur les marchés internationaux. Le solaire permet également de limiter les émissions de CO₂, un enjeu croissant dans un contexte de pression internationale pour la transition écologique. Enfin, la création d'emplois locaux est souvent mise en avant : la construction et l'exploitation de centrales solaires génèrent des postes de travail, notamment dans des régions moins industrialisées comme El Oued.

Sur le plan économique, les énergies renouvelables pourraient aussi réduire les coûts à long terme pour les ménages et les entreprises, en diversifiant les sources d'approvisionnement.

Les objections et limites du modèle algérien

Plusieurs critiques peuvent être formulées à l'égard de ce projet. D'abord, l'absence de transparence sur son financement : ni le budget alloué ni les partenaires privés impliqués ne sont précisés. En Algérie, les grands projets énergétiques sont souvent financés par des prêts souverains ou des investisseurs étrangers, mais les conditions de ces accords restent confidentielles. Sans visibilité sur les coûts, il est difficile d'évaluer la rentabilité réelle de l'installation.

Ensuite, le risque de surcapacité ou de sous-exploitation existe. Si la centrale produit plus d'électricité que le réseau ne peut absorber, notamment en période de faible demande, une partie de l'énergie pourrait être perdue, ou son injection pourrait nécessiter des investissements supplémentaires dans les infrastructures de transport. À l'inverse, si la demande locale ne suit pas, le projet pourrait devenir un gouffre financier.

Enfin, les retombées pour les populations locales restent floues. Les projets solaires en Algérie sont rarement accompagnés de mesures sociales concrètes, comme la formation des habitants aux métiers liés aux énergies renouvelables ou la réaffectation des terres utilisées.

Ce qui manque encore pour évaluer l'impact réel

Plusieurs éléments clés manquent pour apprécier pleinement la portée de ce projet. Sans ces informations, il est impossible de savoir si le projet est viable économiquement sur le long terme.

Les données techniques détaillées, comme le rendement réel des panneaux, les pertes en ligne, ou la capacité de stockage associée, ne sont pas accessibles. Ces informations permettraient d'estimer si la centrale atteindra bien ses objectifs de production annoncés.

Enfin, aucune évaluation d'impact environnemental n'a été publiée. Les centrales solaires ont un bilan écologique bien meilleur que les centrales à gaz, mais leur construction peut avoir des conséquences locales, comme la consommation d'eau pour le nettoyage des panneaux ou l'artificialisation des sols dans une région déjà soumise à la désertification.

Ce que le lecteur peut vérifier ou faire concrètement

Pour s'informer davantage sur ce projet, le lecteur peut consulter les rapports annuels du ministère de l'Énergie algérien, qui publient parfois des bilans sur les énergies renouvelables. Les collectivités locales de la wilaya d'El Oued pourraient également détenir des informations sur les retombées économiques ou sociales, bien que leur transparence soit souvent limitée.

Si vous résidez en Algérie, vous pouvez suivre l'évolution de votre facture d'électricité dans les mois à venir : une intégration réussie du solaire pourrait se traduire par une stabilisation, voire une légère baisse des tarifs, bien que cela dépende aussi des fluctuations du prix du gaz.

L'enjeu ne se limite pas à El Oued : il s'agit d'un test pour l'ensemble du modèle énergétique algérien, entre maintien des subventions sur les fossiles et accélération des renouvelables. Les prochaines annonces du gouvernement sur d'autres projets similaires éclaireront cette stratégie.

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R Galaxie Rédaction

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