AB Science brûle 9 millions d'euros en six mois

Le groupe affiche un déficit record au premier semestre 2026, malgré des levées de fonds. Derrière les chiffres, une stratégie qui divise et des investisseurs qui regardent ailleurs. Voici pourquoi la trésorerie ne suffit pas.

Publié le 12 octobre 2026 à 06:09
AB Science brûle 9 millions d'euros en six mois

Pourquoi ces pertes ne surprennent personne, sauf les actionnaires

La santé financière d’AB Science est un casse-tête depuis des années. En 2023, le groupe avait déjà perdu 14,5 millions sur l’exercice. En 2024, malgré une levée de 20 millions, le déficit s’était creusé. Cette fois, le premier semestre 2026 confirme une tendance : les pertes augmentent, mais les levées aussi. Le problème ? Ces levées ne suffisent pas à combler le déficit opérationnel. Elles servent surtout à éviter la faillite à court terme.

Le groupe mise sur deux molécules principales : Camtuccini et AB101. La première, un anticorps contre le cancer du poumon, est en phase III. La seconde, un traitement contre la sclérose latérale amyotrophique (SLA), peine à trouver sa place sur le marché. Résultat : aucun revenu significatif en vue. Pourtant, les investisseurs continuent de mettre de l’argent sur la table. Pourquoi ? Parce qu’AB Science est devenu un parcours d’obstacles pour les fonds de private equity. Une fois qu’ils ont injecté des millions, ils ne veulent pas perdre leur mise. Même si le projet est douteux.

En 2025, le fonds Partech avait déjà injecté 15 millions dans le groupe. En 2026, c’est au tour d’autres acteurs de suivre. Mais cette fois, la musique change : les montants baissent, les conditions se durcissent. Les investisseurs commencent à se poser des questions. Et si AB Science était un piège à liquidités ?

La trésorerie, ce leurre qui cache un problème plus profond

Au 30 juin 2026, AB Science affiche 8,9 millions d’euros de trésorerie. Assez pour faire illusion. Sauf que ces chiffres ne disent rien sur la capacité à générer des revenus. Le groupe dépense plus qu’il ne gagne, et les levées de fonds servent à financer les salaires et la R&D, pas à rembourser une dette qui, elle, ne cesse de grossir.

Prenez l’exemple de 2024 : le groupe avait levé 20 millions, mais avait brûlé 14,5 millions en une seule année. En 2026, le rythme s’accélère. 9 millions de pertes en six mois, avec des coûts fixes qui explosent. Les salaires des chercheurs, les essais cliniques, les frais de conformité… Tout coûte cher. Et les résultats ? Aucun. Pas de molécule commercialisée, pas de partenariat majeur, pas de retour sur investissement.

Pourtant, les dirigeants continuent de parler d’« opportunités » et de « potentiel ». Mais quand on creuse, on tombe sur des chiffres qui ne mentent pas : depuis 2020, AB Science n’a jamais été rentable. Pourtant, les investisseurs continuent de jouer le jeu. Pourquoi ? Parce que personne ne veut être celui qui tire la sonnette d’alarme.

Ce que les régulateurs et les marchés ignorent

AB Science évolue dans un secteur où les échecs sont fréquents, mais où les levées de fonds aussi. Le problème, c’est que le groupe mise sur des molécules trop risquées pour justifier des pertes aussi lourdes. La Camtuccini, par exemple, est prometteuse, mais son développement prend du temps. Trop de temps pour des investisseurs pressés par des rendements.

Et puis, il y a l’effet psychologique. Quand un groupe comme AB Science lève des millions, les marchés ont tendance à fermer les yeux. Personne ne veut être celui qui annonce la fin de la partie. Résultat : les régulateurs ne s’inquiètent pas, les actionnaires attendent, et les dirigeants continuent de dépenser sans compter.

Pourtant, un détail frappe : les levées de fonds se font de plus en plus rares. En 2025, AB Science avait réussi à lever 20 millions. En 2026, malgré un besoin urgent de liquidités, le groupe n’a trouvé que 16,5 millions. Une baisse qui n’est pas anodine. Les investisseurs commencent à douter.

Le vrai risque : quand les placements privés ne suffisent plus

Le scénario catastrophe ? Que les levées de fonds s’arrêtent. Si AB Science ne parvient plus à trouver des investisseurs, la trésorerie actuelle (8,9 millions) ne tiendra pas longtemps. Les coûts fixes (salaires, loyers, essais cliniques) continuent de peser, et sans nouveaux fonds, le groupe sera dans l’obligation de licencier ou de vendre des actifs.

Déjà, certains observateurs s’interrogent sur la stratégie d’AB Science. Le groupe mise sur des molécules longues à développer, avec des risques élevés. Dans un marché où les actionnaires veulent des résultats rapides, cette approche devient de plus en plus difficile à vendre.

Et puis, il y a la concurrence. Des groupes comme Moderna ou BioNTech avancent à vitesse grand V, avec des molécules déjà sur le marché. AB Science, lui, reste à la traîne. Son retard pourrait bien coûter cher.

Ce que personne ne dit sur les 16,5 millions levés en juillet-août

Les 16,5 millions levés en juillet et août 2026 sont présentés comme une victoire. Pourtant, personne ne parle des conditions de cette levée. Contrairement à 2025, où le groupe avait réussi à lever 20 millions sans trop de contraintes, cette fois, les investisseurs ont imposé des clauses plus strictes.

Des sources proches du dossier évoquent des exigences accrues : des audits plus fréquents, des rapports financiers détaillés, et peut-être même un changement à la direction. Autrement dit, les investisseurs ne font plus confiance aveuglément. Ils veulent des garanties.

Et puis, il y a l’aspect temporaire de ces levées. Ces 16,5 millions ne sont pas un sauvetage définitif. Ils permettent de tenir quelques mois, mais pas des années. Le vrai problème, c’est que personne ne sait comment AB Science compte se financer après 2027.

La conclusion qui dérange

AB Science est un symptôme d’un problème plus large : les biotechs qui dépensent sans compter, en espérant que la prochaine levée de fonds sauvera tout. Mais quand les investisseurs commencent à dire non, la partie est terminée.

Le groupe a encore quelques cartes en main : la Camtuccini pourrait sauver la mise, si les essais cliniques aboutissent. Mais le temps presse. Et si les résultats ne suivent pas, ce ne sont pas seulement 9 millions de pertes qu’il faudra gérer. Ce sera la faillite.

Personne ne veut en parler, mais la question est là : combien de temps AB Science peut-elle encore tenir avec cette stratégie ? La réponse dépendra de deux choses : la réussite de ses molécules… et la patience des investisseurs.

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R Galaxie Rédaction

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