Pourquoi les algues ont-elles plus d’oxygène que les machines ?
La station d’épuration de Plobsheim, près de Strasbourg, ressemble à toutes les autres. Sauf qu’ici, dans un bassin expérimental, des micro-algues font le travail à la place des souffleurs d’oxygène. Photorec, ce procédé développé par l’ENGEES et le laboratoire ICube, mise sur la photosynthèse pour aérer l’eau. Résultat : moins d’électricité à dépenser, plus de nutriments récupérés. Sur le papier, c’est simple. Dans la réalité, ça coince.
L’oxygène gratuit, une idée qui date des années 1980
L’idée n’est pas nouvelle. Dès les années 1980, des chercheurs jouaient avec les algues pour épurer l’eau. Mais à l’époque, les coûts de maintenance et les rendements aléatoires avaient enterré le projet. Aujourd’hui, avec Photorec, on revient à la charge. Le principe ? Les algues absorbent le CO₂ et rejettent de l’oxygène en plein jour. La nuit, elles continuent à épurer, mais sans produire d’O₂. Problème : les bactéries aérobies, celles qui décomposent la merde, ont besoin d’oxygène 24h/24. Alors, les chercheurs ont ajouté un système de stockage d’oxygène. Un peu comme une batterie, mais pour l’air.
Le chiffre qui fait mal : 15% d’économie, c’est déjà bien
Selon une étude de l’INSA Strasbourg (2022), une station classique consomme entre 30 et 50% de son énergie pour aérer l’eau. Avec Photorec, les économies tournent autour de 15% sur la facture électrique. Pas assez pour révolutionner le secteur, mais assez pour que les collectivités locales commencent à s’y intéresser. Sauf que.
Le vrai frein n’est pas technique, c’est humain
Les algues, ça marche. Mais les gestionnaires de stations d’épuration, eux, ont peur. Peur de la complexité. Peur des imprévus. Peur de changer.
À Plobsheim, le pilote tourne depuis 2021. Résultat : ça fonctionne. Mais si on demande aux techniciens sur place, ils avouent un détail gênant : le système demande plus de surveillance. Pas de place pour l’à-peu-près. Pas de place pour les jours où la météo pourrit et que les algues produisent moins d’oxygène. Et puis, il y a le phosphore.
Le phosphore, ce parent pauvre de l’épuration
Les stations d’épuration, en France, sont obligées de récupérer l’azote. Le phosphore, lui, est souvent jeté. Pourtant, c’est un engrais précieux. Avec Photorec, on récupère aussi le phosphore. Mais qui va le vouloir ? Les agriculteurs ? Pas sûr. Les industriels ? Ça dépend des prix. Bref, on a un procédé qui marche, mais personne ne sait vraiment quoi en faire après.
Et si Strasbourg devenait le laboratoire de la France ?
La région Grand Est mise sur Photorec. Pourquoi ? Parce que l’électricité, ici, ça coûte cher. Parce que les normes européennes serrent. Parce que les algues, ça fait propre. Mais est-ce que ça suffira ?
En 2023, la station de Plobsheim a traité 12 millions de mètres cubes d’eau. Si Photorec était généralisé, ça ferait 15% d’économie sur la facture. Soit environ 200 000 euros par an. Pas de quoi faire exploser les budgets, mais assez pour que les collectivités regardent de près.
Le piège des aides publiques
Le problème, c’est que les subventions européennes pour les stations d’épuration ne financent pas ce genre d’innovations. Elles préfèrent les solutions éprouvées, même si elles sont moins efficaces. Résultat : les collectivités hésitent. Pourquoi prendre un risque ?
Ce que personne ne dit sur les algues
Il y a un autre angle. Un angle qui fâche.
Les algues, ça épure. Mais ça attire aussi les mouches. Littéralement. À Plobsheim, les techniciens ont dû installer des filets anti-insectes autour des bassins. Parce que les algues, ça pue quand ça meurt. Et ça meurt, surtout la nuit. Bref, on gagne en efficacité, mais on perd en confort.
La vraie question : et après ?
Photorec, c’est une piste. Mais une piste parmi d’autres.
- L’électrolyse de l’eau pour produire de l’oxygène sur place ? Ça existe, mais ça coûte cher.
- Les membranes innovantes pour filtrer plus fin ? Ça marche, mais ça encrasse vite.
- Les algues, encore et toujours ? Ça dépend des subventions.
Le vrai débat, c’est celui qu’on n’a pas. Celui sur qui va payer quoi, et qui va en profiter.
Conclusion : les algues ne sauveront pas le monde, mais elles pourraient sauver quelques factures
À Plobsheim, on a prouvé que ça marchait. Mais est-ce que ça marchera ailleurs ?
Les techniciens y croient. Les élus aussi, tant que ça ne coûte pas trop cher. Le vrai obstacle, ce n’est pas la science. C’est la lenteur des décisions.
Et puis, il y a une question qui tue : si les algues épurent mieux, pourquoi les stations classiques ne changent-elles pas ?
Parce que c’est plus simple de continuer comme avant. Même si c’est moins efficace.